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La Commémoration de Talaatay NDER

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Fatim Yamar Khouriaye Mbodj et le Sacrifice des femmes de Nder

A l’instar des autres pays du monde, le Sénégal commémore tous les 8 mars le massacre des ouvrières du textile de New-York qui, en 1857 revendiquaient de meilleures conditions de travail.

Au Sénégal, 30 avant cet évènement, le 7 mars 1820, des femmes ont consenti le sacrifice ultime pour leur patrie, au nom de l’honneur, de la dignité et de la liberté. Ce jour là, les principaux dignitaires du royaume du Waalo étaient à Saint-Louis en compagnie du Brack Amar Fatim Borso qui s’y était rendu pour soigner ses blessures subies lors d’une bataille antérieure.

L’ennemi, composé de guerriers maures et toucouleurs des états voisins du Fouta et du Trarzza, profita de leur absence pour attaquer Nder, la capitale du Waalo. Les femmes déguisées en hommes, opposèrent une forte résistance obligeant les assaillants à se replier. Mais elles crièrent victoire trop tôt et dévoilèrent leur féminité en ôtant leurs turbans. Dans un sursaut d’orgueil mâle, les assaillants revinrent à l’attaque et eurent raison des guerrières. La Linguère Fatim Yamar Khouriaye Mbodj qui avait organisé la résistance s’immola par le feu avec plusieurs de ses compagnes, préférant ainsi la mort au déshonneur.

Pour comprendre le geste des femmes de Nder, il faut revisiter l’histoire du Waalo où les luttes pour le pouvoir entre les trois lignées éligibles au trône ont souvent entraîné l’élimination des femmes pour réduire leur descendance mâle. Pour se préserver, elles vont développer des stratégies de contrôle du pouvoir qui finira par être entre leurs mains. A partir de 1795, Tègue RELLA et sa sœur Fatim Yamar Khouriaye vont gouverner le Waalo à la place de leur frère, le Brack Ndiack Coumba  Khouriaye, qu’elles ont exilé à Dagana.

Qui était Fatim Yamar Khouriaye MBODJ ?

Guerrière accomplie qui organisa la résistance du 7 mars 1820, elle était d’abord une redoutable politique. En 1805, elle proposa au poste de Brack son cousin Couly Mbaba Diop dont la légitimité était contestée en raison de son patronyme, ce qui lui permettait d’avoir la réalité du pouvoir entre ses mains. En 1816, elle fit élire son mari Amar Fatim Borso, Brack du Waalo, en lui adjoignant son neveu comme Vice-Brack. Elle avait pris également un acte de haute portée en décidant avant de s’immoler par le feu d’évacuer ses deux filles, Djeumbeut et Ndatté Yalla, âgées d’à peine 10 et 12 ans (pour perpétuer sa lignée).
Ces dernières perpétuant l’habileté politique de leur mère, finiront par diriger le Royaume. En 1827, elles proposeront au poste de Brack, Fara Peinda Adam Sall qui ne pouvait pas leur porter ombrage. En 1840 aussi, ce sont elles qui vont porter au pouvoir le dernier Brack Ma Mbodj Malick et vont gouverner à sa place. Ainsi, de 1795 à 1855, date de la conquête du Waalo par Faidherbe, la réalité du pouvoir était entre les mains des femmes, les Linguères du Waalo.

De leur expérience, nous avons encore beaucoup à apprendre et à partager avec le reste du monde. Certes, Faidherbe avait défait l’armée de la Reine Ndatté Yalla, par la supériorité de son armement, mais en matière d’égalité de genre notre modèle était de loin supérieur à celui du vainqueur. Il aura fallu aux Français attendre 90 ans pour accorder un statut de citoyenne à leurs femmes.

Plus qu’un hommage à FATIM YAMAR  KHOURIAYE MBODJ et à ses compagnes pour leur résistance héroïque, revenir sur l’histoire de Nder est un devoir de mémoire, mais aussi une exigence de l’heure au moment où notre pays traverse une profonde crise des valeurs et  au moment où notre jeunesse a besoin de repères. Il est important de transmettre ces valeurs de dignité, d’honneur, du sens du sacrifice à la jeune génération, pour que la flamme de Nder demeure éternelle.

 


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