Annette
Mbaye, l'Amazone née d'Erneville
Chroniques / Visages de Sages par
Younousse Seye
Source www.wootico.com/annette-mbaye-lamazone-nee-dherneville-
Visages
de sage continue d'évoquer quelques grandes figures du
Patrimoine et de la Culture du Sénégal, comme Annette Mbaye d'Erneville,
grande parmi les dames de ce pays... "Où vais-je trouver la
nouvelle Alchimie du Verbe pour écrire sur une Journaliste au
talent sûr et polyvalent, une personnalité intellectuellement
dense, tout en restant
modeste.
La parole s'envole, et l'écriture reste dans le fouillis de la
mémoire des Archives du temps." Ainsi commence le portrait
très admiratif que Younousse nous brosse de son amie, Annette,
cette sacrée maîtresse femme!
Photo: Matar Ndour
Devant un des monuments de l'Intelligentsia Africaine, je ne
sais par où commencer; du fait qu'elle avait déjà choisi le
journalisme dès son entrée à l'Ecole Normale Coloniale des
Jeunes Filles de Rufisque: en ouvrant le dialogue permanent
avec la Directrice Générale de cette Grande Ecole des Jeunes
Filles du Sénégal, Madame Germaine Legoff, une dame de poigne,
mais ouverte, d'une forte personnalité, mais généreuse. De
leur dialogue est née une évidence: l'appartenance d'Annette à
la culture du Terroir: l'Afrique. Car Annette est née au Sine
Saloum, principalement à N'gath.
Le chemin de vie d'une petite fille de
N'Gath
La jeune fille de N'gath était ballottée entre l'éducation
coloniale et l'éducation Saint-Lousienne, celle de ses tantes
et belles tantes métisses Signara, que sont les Lili, les
Nono, les Nini de Sadji Abdoulaye, l'écrivain des Signara
Métisses du Sénégal; celles qui tenaient plus à s'éclaircir
davantage la peau de la famille Métisse par le biais du
mariage entre Métis, qu'à la noircir par le mariage, avec des
noirs.
La rencontre heureuse entre Germaine Legoff, Directrice
Générale de l'Ecole Normale des Jeunes Filles du Sénégal et
Annette d'Erneville, la jeune fille de N'gath va réguler déjà
ses propres responsabilités face à son avenir et son destin;
avec audace, elle avait déjà choisi dès ce moment-là sa
culture négro-africaine, et elle y a consacré tout son temps,
en brisant tout: tabou, tare, caste, sur son chemin de vie.
"D'Erneville", un nom lourd à porter, celle d'une vieille
noblesse de France, d'une aristocratie quittant le "Rococo"
depuis 1789; ce «d" apostrophe ne l'avait jamais habité, ni
animé, elle l'avait cédé à ses Aïeux de France; chaque
génération a son époque, et elle est très fière d'être une D'Erneville
Africaine, gardant aussi la noblesse des Sérères, des
Djoug-Djoug de Diakhaw du Sine Saloum par sa mère, qui est une
Turpin d'ascendance Sérère.
Arthur Rimbaud avait écrit ce vers: "On n'est pas sérieux
quand on a 17 ans!". Ce n'était pas valable pour la jeune
fille de N'gatt, qui était elle, très sérieuse à 17 ans avec
Germaine Legof, et avec son avenir, qui se jouait en ce
moment-là, dans ces instants-là, et non plus tard. La jeune
fille de N'gath l'avait pressenti, et Madame Legoff aussi, qui
lui avait aussitôt prêté main forte dans un encadrement moral
décisif , enclenchant les conditions dans lesquelles devrait
évoluer l'intelligence pétillante d'une journaliste, d'une
romancière, d'une cinéaste, d'une poètesse, d'une mère. Tout
ceci se bousculait en l'Amazone de N'gath; sans embûche, elle
jonglait avec honneur et bonheur d'une station à une autre.
Si tout le monde se demande comment se fait-il qu'une telle
femme n'ait jamais été ministre dans ce pays, c'est qu'elle a
toujours était Ministrable. Mais elle n'a jamais désiré cet
honneur car un département Ministériel était trop étroit pour
l'addition de toutes ses énergies en synergie, pas parce
qu'elle minimisait d'être Ministre; Mais elle préférait rester
libre pour être à l'origine de la création de 40 associations
Féminines, de toutes disciplines, dans une Fédération
Nationale qu'on appelle (FAFS); être membre des Soroptimistes
(Association Féminine Mondiale); être à l'origine, en en
suscitant la conception, de deux ou trois livres à succès dont
"Une si longue lettre" de Mariame BA, traduit en plusieurs
langues, le "Baobab Fou" de Ken Bougoul, etc, plus bien
entendu ses propres écrits à elle.
Une femme derrière les femmes, et non devant...
Il fallait dis-je, être derrière les Femmes et non devant
elles, pour mener à bien une action concrète pour le
développement et l'émancipation de la Femme. Elle préféra cela
à la recherche des privilèges et des honneurs à la tête d'un
ministère. Il me vient l'envie de confier ici que certaines
femmes élues à la tête des Ministères obstruent, par contre,
la chance des femmes de réussir dans leur domaine respectif.
Elles favorisent plutôt leurs parentes, leurs militantes de
Parti et leurs amies; oubliant les mérites et les talents. La
largesse d'esprit d'Annette l'Amazone et sa générosité
spontanées ne permettaient pas la censure gratuite et mesquine
de certaines femmes-chefs qui ne sont apparemment à leur poste
de Direction que pour elles-mêmes.
Elle a dédié à la Femme Africaine un Musée "Musée Henriette
Bathily". Il fallait y penser, pour rendre hommage à la Femme
Africaine. A ces détracteurs dans les couloirs de l'action, et
les centres de décisions, elle répond par le sourire, et par
l'efficacité des idées-clès qui défoncent la léthargie de la
médiocrité, du tournée en rond, sans issue, travaillant pour
le développement durable pour tous, par le dépassement de
soi... Au demeurant c'est bien chaque être humain qui doit se
développer harmonieusement pour rejoindre l'unisson, en
évitant de sombrer, par analogie dans la déstructuration.
Qui veut développer un pays, développe la femme est un
argument fiable, d'autant plus que la femme est aussi capable
de thésauriser l'économie d'un pays.
"Codou" un de ses livres porté à l'écran par le cinéaste
Ababacar Samb, réalisateur de "Et la neige n'était plus" avait
été très bien accueilli par le public; De même, Annette Mbaye,
l'infatigable amazone de N'gatt organise les rencontres
cinématographiques de Dakar (RECIDAK) suite à un relâchement
des activités des cinéastes sénégalais.
Journaliste de compétence, elle avait interviewé presque
toutes les hautes personnalités de ce pays et d'ailleurs;
participé à la formation des formateurs de l'audiovisuels en
Afrique. Elle n'hésitait pas à organiser des Tables Rondes
pour le public radiophonique et à faire aussi la promotion des
Artistes de tous bords. Sans oublier l'apport bénéfique
qu'elle avait octroyé à Saliou Kandji, journaliste islamologue
très connu, lors de son séjour à Paris pendant ses études.
Madame Annette Mbaye d'Erneville avait toujours trouvé le
temps qu'il fallait pour chérir ses enfants et leur père,
chérir et éduquer les enfants de ses parents et se rendre
disponible pour ceux qui n'on pas les moyens de s'en sortir:
parents, alliés, amis de tout bord, voisins. Ses enfants et
ses petits enfants font partie de ses meilleurs amis.
Amazones amoureuses, héroïnes au quotidien
Mais l'appel, pathétique d'ailleurs, s'est imposé à elle:
l'Amour. Un bel homme, beau en lui-même, l'avait enlevée à son
premier amour: l'Afrique. Cela n'avait duré que le temps
d'aimer. Le duel resta farouche, qui fut remporté par
l'Afrique et l'enfant de N'gath, sur l'Amazone amoureusement à
genoux. De retour vers son premier amour, l'Afrique de
toujours, l'enfant de N'gath pansa l'amertume et les blessures
de la rupture, de la solitude du cour, avec l'antidote dont
elle garde le secret. C'était quand même un beau couple à voir
dans les flots du bonheur d'aimer.
Annette l'Amazone de N'gath avait compris très tôt que se sont
les femmes qui remontent les chaînes de valeur devant les
défis et les enjeux multisectoriels et que la méthodologie à
employer c'est: le saut périlleux des héros du quotidien. Les
femmes sont des héros du quotidien: elles sont quatre à
cultiver la terre contre un homme dirigeant la famille
polygamique, et le partage de la récolte n'est pas équitable.
Elles sont la majorité électorale redoutable et redoutée par
les leaders de la majorité ou de l'opposition, du fait,
qu'elles sont le nombre; et la parité n'est toujours pas
respectée partout, pour les postes à grandes responsabilités.
Elles articulent et vulgarisent l'économie du quotidien en
s'investissant dans tous les marchés du commerce, en retour,
elles n'accèdent aux crédits qu'avec moultes difficultés ou
pas du tout.
La maternité, l'éducation et la santé font parties des sauts
périlleux pour les héros du quotidien que sont les femmes,
traversant ainsi les artères de leur souffrance dans le
silence.
Un illustre et célèbre Octogénaire du Sénégal, vient de
renouveler récemment par la voie de presse, l'Amour qu'il a
toujours eu pour Annette l'Amazone de N'gath. Il y aura
toujours des femmes exceptionnelles qui doivent vivre des
moments exceptionnels dans la Vie, Annette d'Herneville en
fait partie. L'amour platonique, sauvage, fou, ardent,
égoïste, téméraire, qu'importe!!! L'Amour ne Vieillit pas, au
risque de nourrir nos fantasmes.
Younousse
Sèye