Après la première
déclaration dabandon de lexcision faite le
31 juillet 1997 à Malicounda Bambara, lheure est
aujourdhui au niveau de cette localité située
à quelques encablures de la ville de Mbour, aux préparatifs
de la commémoration les 04 et 05 août 2007 du 10e
anniversaire de la première déclaration dabandon
de lexcision au Sénégal.
Pour avoir
été les pionniers dans le vaste mouvement social
dabandon des violences faites aux enfants qui a engendré
aujourdhui sur léchiquier national ladhésion
de 2336 villages sur les 5000 qui constituent lobjectif
à atteindre, les populations de Malicounda comptent faire
de cet évènement un moment mémorable. Mamadou
Wane, sociologue et spécialiste sur la protection de lenfant
à lUnicef, note quau point de vue historique,
cest en 1970 que ce mouvement a débuté avec
des prises de position politique sur la nécessité
de changement du statut de la femme dans la société
sénégalaise. Le ministre chargé du statut
de la femme dans cette mouvance, ajoute-t-il, a actionné
cette question en sappuyant sur les Ongs et le mouvement
associatif des femmes.
Pour Mamadou
Wane, la position de lEtat a connu un tournant décisif
en 1997, avec la prise de position publique du président
de la République de lépoque, condamnant, à
loccasion du Congrès mondial des droits de lHomme
tenu à Dakar, la pratique des mutilations génitales
féminines. Sous limpulsion du collectif des femmes
parlementaires, relayé par les organisations de femmes,
lAssemblée nationale a voté la loi N°
99 05 du 29 janvier 1999 interdisant la pratique des mutilations
génitales. Un environnement qui a été favorable
à la mise en place dun cadre stratégique national,
notamment avec la création dun plan daction
pour labandon de la pratique de mutilations sexuelles. Dix
ans après, dans le village de Malicounda Bambara, on se
remémore cette période de 1997 où la question
de labandon de cette pratique avait divisé le village
entre ceux qui étaient pour labandon de la pratique
en majorité les femmes et ceux qui tenaient vaille que
vaille à la survivance des pratiques ancestrales.
Le module
de la délivrance
Pour Maïmouna
Traoré, présidente des femmes de Malicounda Bambara,
« tout est parti de cette quête du savoir à
travers les modules enseignés par les facilitateurs de
lOng Tostan ». Il sagit en fait des modules
de base qui sont suivis pour une période de deux ans dans
chaque communauté concernée et qui traitent de questions
sur la démocratie, des droits humains et responsabilités
; de la résolution des problèmes ; de lhygiène
et de la santé. « Cest à partir du module
7 que les populations ont commencé à se poser des
questions sur lexcision et ses conséquences sur les
enfants et les femmes. Dailleurs, quand la décision
a été prise par les femmes dabandonner la
pratique de lexcision, jétais absente de Malicounda
», souligne-t-elle. Pour Maïmouna Traoré, cette
décision devait pour avoir une portée dans le village
avoir lassentiment du chef du village, des chefs religieux
notamment limam, les notables et les jeunes. « Nous
étions à lépoque 70 femmes à
prendre la décision, mais avec les différentes pressions,
ce sont 35 femmes qui ont en définitive organisé
lappel à labandon du 31 juillet 1997 qui a
été relayé par la presse », narre-t-elle.Le
Vieux Demba Diawara de Keur Simbara, une localité voisine
de Malicounda Bambara, qui a été contacté
aux lendemains de lappel de Malicounda note quil fallait
sarmer de courage, de patience et user de beaucoup de tact
pour parler de la problématique de lexcision avec
les populations. « Le vote de la loi au niveau de lAssemblée
nationale a facilité les choses. Nous avons tout entendu.
Jai fait plus dune centaine de villages en plus de
mon propre village pour sensibiliser les populations et celles-ci
ont compris et abandonné la pratique. Il existe des poches
de résistance, mais ce qui est bien à noter est
que les gens font la pratique en cachette », explique-t-il.
Comités
de gestion communautaire
A Malicounda,
létape de la prise de décision est passée
et conformément à la politique développée
par lOng Tostan, un Comité de gestion communautaire
(Cge) a été créé pour pérenniser
les activités de lOng à la fin du programme.
A travers le Cge qui comprend une dizaine de membres qui gèrent
la gestion des classes et la coordination des activités
communautaires, plusieurs activités sont menées
dans la localité de Malicounda. Il sagit, entre autres,
des activités dhygiène et dinvestissement
humain comme les « Set Sétal », la vente de
savon, de moustiquaires imprégnées, du micro-crédit
et des activités agricoles. Sur les deux dernières
activités, Maïmouna Traoré évoque les
difficultés rencontrées par les femmes pour édifier
le mur de clôture du champ collectif du village qui regroupe
70 femmes à travers des activités maraîchères.
Le comité de gestion communautaire qui est une nouveauté
dans le village de Malicounda soccupe aussi de la sensibilisation
sur la santé (pesée, santé de la reproduction),
les inscriptions à lEtat-civil, entre autres,...
Babacar Bachir SANE